The kanji of the moment (in French).
賀 – GA, félicitation
Premier janvier 2012 (日)
Une année s'en va, et des millions de cartes de vœux s'envolent. Nous sommes maintenant l'année du dragon et Nabiko a choisi celui-ci pour les nôtres. Comme le veut la tradition, elles comportent aussi un numéro de loterie. Allons-nous envoyer un pactole ?
La carte de vœux se dit nengajô (naine–gars–Joe), où nen (年) signifie l'année et ga (賀) les félicitations. On peut voir dans ce dernier caractères trois composants: la force (力), la bouche (口) et le coquillage (貝). Est-ce parcequ'au Japon aussi, on mange beaucoup de fruits de mer à la fin de l'année ?
On dit que le premier jour de l'année préfigure tous les suivants. Nous verrons bien si j'écris un kanji du jour plus souvent. Côté tremblements de terre, je viens de voir dans un journal français un de ces articles écrit à grand renforts de texte copié-collé qui en annonçe un qui a fait « vaciller les immeubles de Tokyo ». Il se trouve que certaines îles du Pacifique sont attachés à la ville de Tôkyô, et que ce séisme a donc eu lieu à des centaines de kilomètres. Si ça préfigure l'année, on tient le bon bout…
Bonne année à tous !
暑 – atsu(i), chaud
14 août 2011 (日)
Kanji intéressant contenant deux fois le soleil (日), donnant l'impression d'écraser son élément central… sous la chaleur bien sûr. Après un intermède pluvieux, la chaleur estivale est de retour. Dans les train, à la télévision et sur Internet, on peut trouver l'état de la consommation d'électricité, exprimée en pourcentage de la capacité de production. Les grandes entreprises se sont concertées pour décaler leurs pics d'activité, et beaucoup de japonais ont vu leurs deux jours de week-end déplacés en semaine. Au laboratoire, on n'allume l'air conditionné que lorsque la température va dépasser 28 degrés.
Lors de mon premier été au Japon la chaleur me donnait des maux de tête, mais depuis je me suis adapté. Au point que les années précédentes, je souffrais de travailler dans des pièces surclimatisées, parfois à 22 degrés. Cette année au moins, ce n'est plus la guerre des réglages, c'est vingt-huit degrés, et ça ne se discute pas. Ça n'est pas toujours confortable ; il faut en particulier un petit moment pour refroidir après avoir fait un effort physique comme venir en vélo le matin. Mais le jeu en vaut la chandelle : pas de coupures de courant programmées.
Ce que j'en retiens, c'est qu'avec quelques sacrifices mais sans grand bouleversement, il est possible de réduire la consommation d'électricité d'une grande région. Donc pour un pays dont seule une petite partie de la production serait nucléaire, sortir du nucléaire serait aussi facile que d'arrêter de fumer : « demain si je veux ».
演 – ÈN, la démonstration
28 mai 2011 (土)
Aujourd'hui a eu lieu la quarante-neuvième emboukaï d'aïkidô, au Budokan de Tôkyô, qui accueille autant des évènements d'arts martiaux que des concerts – il est en particulier connu pour avoir reçu les Beatles en 1966. L'intérieur est octogonal et les gradins sont proches de la zone centrale, où cinq ensembles de tatamis étaient arrangés sur le sol pour l'occasion.
La particularité de l'emboukaï est que la plupart des spectateurs sont aussi participants et passeront à un moment sur les tatamis pour faire démonstration de leur aïkidô. Bien que les niveaux diffèrent du débutant au maître, et que presque quatre-vingts ans séparent le plus jeune du plus âgé des participants, cela procure un certain sentiment d'égalité, car nous devions chacun donner le meilleur de nous-mêmes.
空 — sora, le ciel
25 avril 2011 (日)
Me voici à nouveau dans les airs, direction Francfort. L'avion a trois heures de retard, et l'atterrissage est prévu trois minutes avant le départ de la dernière navette vers Strasbourg.
Le vol devait démarrer à dix heures et demie du matin, et comme une navette avait été organisée hier à la fin de la conférence, j'ai passé la nuit dans un hôtel près de l'aéroport. Au guichet d'informations, on m'a déconseillé de prendre le taxi pour m'y rendre, en me disant que c'était cher et que le conducteur pourrait avoir du mal à trouver étant donné que l'hôtel était récent, et on m'a proposé un service de dépose pour la modique somme de 200 yuans. C'est environ le prix qu'il faut pour aller de chez nous à l'aéroport de Narita en train, sauf que dans ce cas, le trajet dure deux heures.
Finalement, j'ai pris le métro. La ligne est flambant neuve, et il n'y avait que quatre stations. Ça m'a coûté… 4 yuans.
華 – hana, la fleur (surtout celle du Milieu)
21 avril 2011 (木)
Encore un kanji pour la fleur ? Oui, mais pas n'importe laquelle. On apprend souvent à l'école que la Chine est l'Empire du Milieu, mais c'est aussi la fleur du milieu: 中華. C'est ce terme que l'on retrouve par exemple dans le nom officiel de la république populaire de chine 中華人民共和國, ou au Japon pour désigner la cuisine chinoise, 中華料理. Simplifié, le même caractère s'écrit 华 et là on retrouve un point commun, à dessein, avec la fleur des champs ou la fleur de feu.
Je suis à Shanhai le temps d'une conférence, dans un hôtel cent fois plus luxueux que je ne m'attendais. D'où un choc des cultures imprévu, car je ne connais pas bien les codes dans ce genre d'environnement. Les prix au menu du restaurant sont très curieux, dépendant plutôt de ce que le client voudra payer que de la valeur réelle des choses. Ainsi, un jus de concombre, que l'on commandera plus par curiosité que par nécessité, coûtera presque le prix de deux bols de nouilles, qui est le plat sur lequel se rabattra le client ayant déjà dépensé tout son budget vacances dans le prix de la chambre.
燭 — chokou, la chandelle
13 mars 2011 (日)
Voilà un kanji intéressant, avec à droite une partie représentant le feu (火), et une autre représentant l'insecte (虫), probablement en raison de la cire d'abeille. Comme beaucoup de mots en japonais, chandelle se dit avec deux kanjis au sens complémentaire : rôsokou, 蝋燭, la cire et la chandelle.
Dans la minute qui suivit les premières secousses, le courant a été coupé. Il s'est passé cinq heures avant qu'on ne le rétablisse. Pas de bol, nous n'avions plus de chandelles, toutes brûlées auparavant à l'autel de nos dîners.
Sans surprise, nous avons constaté le lendemain que nous n'avions pas été les plus rapides pour en acheter au supermarché. Stocks épuisés ! Mais heureusement, il y avait un plan B : les bougies odorantes au rayon encens et arômes. Nous voilà donc bien équipés, pour peu que nous arrivions à supporter l'odeur de vanille artificielle.
Nous allons peut-être en avoir besoin demain, car des coupures de courant sont programmées en raison du manque d'électricité. Mais la plus grande inquiétude maintenant, c'est surtout l'état des centrales nucléaires. À Tsurumi, nous aurons quelques heures pour réagir si par malheur une nouvelle explosion combinée à des vents du nord arrivaient. Cela devrait être suffisant pour se calfeutrer. Pour le moment, nous n'envisageons pas de quitter la ville.
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